Rencontre avec Pascal Jaouen, brodeur …

Pascal Jaouen est brodeur. Il enseigne la broderie et est également depuis quelques années créateur de ses propres collections de vêtements. Passionné par son travail, le souhait de Pascal Jaouen est de pouvoir perpétuer la tradition de la broderie apprise auprès d’anciens aujourd’hui disparus, tout en l’ancrant dans la modernité. Pour cela il a adapté cette broderie ancienne à ses propres créations pour la rendre actuelle, en particulier en travaillant des matières très nouvelles telles que le plastique, le raphia mais aussi des végétaux.

Bonjour Pascal, pouvez-vous nous dire comment vous est venue l’envie d’exercer la broderie ?

J’ai toujours été très proche de la culture bretonne, dans tous ses domaines, et émerveillé par sa richesse.
J’ai réalisé qu’il y avait un patrimoine à préserver, à sauvegarder et à faire évoluer dans le domaine de la broderie dans lequel je suis entré, un peu par hasard, il y a une vingtaine d’années.
Depuis que je suis tombé « dans le panier à fil », je ne l’ai plus quitté et si c’est aujourd’hui mon métier cela a toujours été et reste ma passion.

La broderie est-elle un art difficile ?

Non, mais c’est un art qui nécessite certaines vertus, comme de la persévérance, de l’attention et.. de la patience avant tout !
C’est un art qui se transmet  par l’exemple et la mise en pratique et non par les livres, c’est la raison pour laquelle j’ai créé l’Ecole de Broderie d’Art de Kemper,  pour permettre aux gens d’apprendre dans les meilleures conditions possibles, en Bretagne mais aussi dans toute la France puisque nous donnons des cours dans les plus grandes villes.
Le principe de la Creative Box, produite par Solidor Editions qui m’a proposé d’être leur partenaire pour la broderie « Glazig », repose aussi sur cette notion de transmission orale et visuelle.

Selon vous, quelles sont les compétences nécessaires pour exercer la broderie ?

Aimer apprendre, avoir la patience de ne pas vouloir tout réussir de suite et disposer du temps nécessaire pour y arriver, mais ça peut très bien s’intégrer dans la vie  de tout un chacun et, en plus, pendant qu’on brode, on oublie ses soucis et l’esprit s’évade !
C’est parfois plus efficace et moins dangereux pour la santé que certaines pilules si on veut se relaxer…

Pouvez-vous nous présenter l’Ecole de Broderie d’Art de Kemper ?

J’ai créé l’Ecole de Broderie d’Art de Kemper en 1995.
Ce nom m’est venu tout naturellement car il est indispensable d’allier la notion d’apprentissage à celle de l’art car ces deux critères sont étroitement imbriqués dans la broderie.
Le métier de brodeur est aussi un métier artistique, il ne faut pas l’oublier, comme beaucoup de métiers d’artisanat.
Je tenais également à ce que cette école soit accessible à tous, y compris en fonction de l’endroit où les élèves résident, c’est pourquoi nous avons « essaimé » à partir de Quimper pour d’autres villes de Bretagne comme Rennes, Vannes, Morlaix mais aussi en France puisque nous donnons des cours à Paris, Lyon et dans d’autres villes.
Mon souhait  à la création de l’école était aussi de préserver par l’enseignement un art qui risquait de tomber en désuétude, en France mais aussi en Europe.
C’était pour moi une façon de « passer la mémoire » que les anciens m’ont transmise.

Que pensez-vous de la mode actuelle ?

La mode actuelle est intéressante, mais elle évolue très peu. La grande évolution / révolution a eu lieu après la belle époque, essentiellement avec Coco Chanel qui a provoqué une avancée extraordinaire dans l’univers de la mode, mais aussi ensuite avec Yves Saint Laurent dans les  années 60.
Aujourd’hui la mode semble se répéter un peu même si de jeunes créateurs commencent à chambouler un peu les règles.
La mode suit toujours de très près la société et même, souvent, elle en anticipe les changements. C’est ce qui s’est passé dans les années 60 : la mode a changé avant que la société ne change…
Actuellement la société tourne un peu en rond, espérons que la mode va bousculer un peu les codes.

Avez-vous une réalisation dont vous êtes particulièrement fier ?

Oui, il s’agit du « tapis d’Orient » car cette broderie réalisée il y a 16 ans a été le déclencheur de ma passion et par conséquent de mon métier !
Il est aussi à l’origine de la création de l’Ecole de Broderie d’Art de Kemper et c’est un peu mon talisman car il a ouvert à nouveau les portes pour la broderie d’art, pour moi et pour ceux à qui j’ai eu le plaisir de l’enseigner au fil de toutes ces années.

Pouvez-vous nous parler du coffret Creative Box : Apprenez la broderie d’art avec Pascal Jouen ! A qui s’adresse-t-il ?

Lorsque les Editions Solidor m’ont parlé de leur projet de lancer une collection de loisirs créatifs et de consacrer la première parution à la broderie que je pratique, j’ai trouvé le projet très intéressant et j’ai tout de suite accepté.
Ce coffret s’adresse à toute personne qui souhaite s’initier à la broderie Glazig qui repose sur une technique de points spécifique au pays de Quimper, que l’on appelle aussi le « terroir Glazik ».
Ce coffret très bien conçu, qui comprend un dvd d’apprentissage, un livret en français, anglais et breton et un kit complet de broderie, fils de soie inclus, dont j’ai dessiné spécialement le motif permettra aussi de  diffuser et populariser cette technique de broderie et contribuera par conséquent de préserver ce patrimoine, y compris à l’étranger puisque le dvd dispose d’une version anglaise.
Solidor a consacré de nombreux DVD au patrimoine et à la culture, depuis des années et c’est une initiative très intéressante de leur part d’avoir lancé cette collection, très contemporaine aussi puisqu’elle rassemble les techniques d’hier et les technologies d’enseignement et de loisirs d’aujourd’hui.

Où peut-on voir votre nouvelle collection ?

Il sera possible de la découvrir à l’occasion des défilés-spectacles, en Bretagne, à partir de Juillet.
Le public pourra juger du fruit de deux ans de travail avec près de 60 tenues qui sont toutes des créations inspirées du costume traditionnel breton.
Ces tenues sont entièrement brodées main et j’ai collaboré avec d’autres artisans, sur des matière nobles ou plus traditionnelles, comme la laine bouillie.
Le thème de la collection est le symbole du Triskèle , les 3 éléments, l’Eau, la Terre et le Feu. C’est un symbole fort dans toute la culture bretonne et celtique.
Toute la collection est déclinée autour de ces trois éléments et cela m’a permis de créer des ambiances visuelles avec ces différentes matières. Il y a aussi de la musique, de la danse, des projections d’images dans ce défilé-spectacle pour lequel Solidor Productions assure la production exécutive.
C’est énormément de travail et de stress pour tout terminer à temps mais c’est aussi un grand plaisir que j’espère partager avec le public.

Voici les dates où l’on pourra voir ces représentations et ma nouvelle collection
  • le Dimanche 18 Juillet à 21h pour l’ouverture du Festival de Cornouaille
    Espace Gradlon
    Place de la Résistance, 29000 Quimper
    tarifs :16€ à 18€
    Renseignements : 02 98 55 53 53 / contact@festival-cornouaille.com
  • le Samedi 07 Août 2010 à 21h30    
    Festival Interceltique de Lorient
    Grand Théâtre
    Place de l’Hôtel de Ville, 56100 Lorient
    Placement assis numéroté
    Tarifs: 23,80€ / 20,80€ (Tarif réduit : pour les étudiants, demandeurs d’emplois, plus de 60 ans et bénéficiaires du RSA/RMI)
    Renseignement : http://www.festival-interceltique.com/
  • mais aussi le 18 septembre à Fouesnant, les 5 et 6 novembre au Quartz à Brest, le 7 novembre à Rennes au Liberté et le 18 novembre à Auray, salle Athena.
Que vous apportent ces défilés-spectacles ?

Une très grande satisfaction de voir les tenues réalisées portées et montrées au public, et aussi de voir la concrétisation de 2 ans de travail.
C’est aussi l’occasion de montrer le savoir faire de l’école de broderie d’art de Quimper, pas seulement le mien, mais aussi celui de mes collaborateurs.
Enfin ça représente pour moi ma façon contribuer et de donner à voir la dynamique de la culture en Bretagne, qui reste actuelle et qui sait valoriser son patrimoine de façon contemporaine.
C’est aussi grâce à des festivals et à leurs décideurs et organisateurs, comme le Festival de Cornouaille, qui a osé le premier programmer le défilé de ma collection précédente, et celui de Lorient, qui a trouvé que c’était une façon intéressante d’ouvrir la programmation à d’autres thématiques que celles qu’ils présentent actuellement, que cela est possible.

Quelles sont vos objectifs pour les prochaines années, avez-vous des projets en cours ?

Mes projets futurs sont de travailler sur une nouvelle collection, de maintenir ce qui est en place et de continuer à susciter l’enthousiasme.

Un petit mot pour conclure ?

Le passé nous sert à construire l’avenir.

Pascal Jaouen, la Rédaction d’Espace-artisanat vous remercie pour le temps que vous lui avez accordé.

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